mar 25 sep 2007

L’homme-sandwich : Lil'Maaz est son hymne du kebab.

25 09 2007
Lil’Maaz, 27 ans, kebabiste. Ce Turc d’origine kurde, arrivé en France en 2004, a quitté son tablier de cuisinier pour assurer la promotion de son hymne au «grec», «Mange du kebab». L'article critique de Libération !



Mon avis :
C'est le premier article de réél qualité sorti jusqu'à maintenant à propos de Lil'Maaz. Lisez-le jusqu'au bout et commentez-le, il y a beaucoup de sujets à débattre, je vous laisse commencer et réagirait après !

Il a l’air au bout du rouleau. En un mois, il a rencontré des journalistes américains, anglais, brésiliens, tout heureux d’aller se faire voir chez ce Turc. Il est passé sur «toutes les chaînes» de son pays natal, a fait l’objet de dépêches des agences AFP, Reuters, AP. Les JT de TF1 et de France 2 l’ont pris en sandwich, 13 heures-20 heures. Le matin même, il s’est fait saucer par les vannes grasses des Grosses Têtes, en attendant un plateau sur M6. Dans le jargon, on appelle ça un emballement médiatique, et en l’espèce, l’expression est on ne peut plus idoine : emballer, Lil’Maaz sait y faire.

Un an durant, au restaurant Diyar de la place Jacques-Froment, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, le jeune homme empaquette grec sur grec, en même temps qu’il enchante sa clientèle à base de vocalises vantant les bienfaits du kebab. En décembre dernier, un habitué du resto, employé d’un label musical voisin (EMC Records), flaire la bonne idée. Le temps d’enrober lesdites vocalises d’instrus orientales, de tourner un clip, de le passer en boucle sur YouTube, en rotation sur Dailymotion ; tiens, EMI vient mettre le paquet sur la communication, on les avait pas vus venir, mais tant mieux parce que nous voilà en août avec un tube, un vrai, qui arrive à point nommé pour l’été, grillé comme il faut. Et voilà Lil’Maaz devenu homme-sandwich, pardon, homme-kebab, un sticker Beur FM dans un coin du single, un autocollant France Kebab à côté, qu’on peine un peu à faire déballer autre chose que du «salade, tomates, oignons, mon ami !» et autre «take a break, have a grec». Slogans figés, réponses prémâchées, l’interview sent un peu le roussi.




A sa décharge, on arguera que notre vendeur essaie au mieux de respecter les principes de son produit : unir, réunir et tenir bon. Car c’est bien pour ses capacités de rassembleur que le kebab est devenu, en moins de deux décennies, le nec plus ultra du fast-food. Là où le côté raplati du panini l’oblige à la jouer modeste, là où le burger se contente d’empiler ce qui est empilable, la forme du grec lui permet d’accueillir tout un empire : copeaux de dinde, de poulet ou de veau, frites en veux-tu en voilà, sauces et végétaux au choix. Ce côté customisable, ajouté à sa fabrication mi-industrielle, mi-artisanale, antithèse de l’anonymat standard de McDo & co, a achevé de séduire villes, banlieues et campagnes. On connaît même certain préfet breton demandant à son chauffeur, à l’approche du goûter, d’aller lui quériren cachette sa ration quotidienne de chair braisée. C’est dire le succès du truc, et l’embarras du Turc lorsqu’il doit, comme maintenant, s’adresser à tous ses publics : frite, racaille, préfet, dinde, etc. Comme il comprend que, cette fois, répéter «salade, tomates, oignons, mon ami» ne le tirera guère d’affaire, Lil’Maaz fait le choix d’un discours équilibré à l’extrême, comme la sauce qu’il prétend avoir inventée, baptisée zamuzuki et composée à part égale de harissa et de ketchup. «Il y a du bien dans le mal, et du mal dans le bien», dit-il en montrant le pendentif yin yang qui boucle son cou. Ce qui donne : «Sarkozy est un homme dur mais volontaire», «Il y a encore des discriminations contre les Kurdes en Turquie, mais ça va mieux», «Je n’aime pas l’idéologie de base du parti d’Erdogan, mais son gouvernement travaille bien», ou «J’ai beaucoup appris durant mon service militaire, même si j’ai trouvé ça trop sérieux et contraignant». De la nuance avant toute chose, donc.

Il affirme écrire de la poésie depuis l’enfance, mais refuse de trancher entre Rimbaud, Dalida, Eminem et les Bronzés, qu’il «adore» tout autant. Il se décrit comme «laïc» et «musulman modéré», de même que ses huit frères et deux sœurs, toutes deux voilées. «Mais mes nièces ne le sont pas, et il faut respecter tout le monde, voile ou pas voile.» Sorte de moustache inversée, son bouc finement taillé s’arrête à à la hauteur de lèvres immuablement souriantes, rare point d’attache dans un discours régulièrement double. «Sur la devanture du restaurant, nous avons écrit Spécialités grecques et turques , même si nous sommes tous turcs; le mot grec parle plus aux Français que döner , la variété la plus populaire de kebab .» Un restaurant avec lequel il reste en bons termes, même s’il ne pense pas y retravailler, accaparé qu’il est par ses projets futurs. Il se dit «heureux d’avoir enfin trouvé [son] chemin, rire, faire rire, partager», rêve d’aller vendre du grec au Texas, «sauce chili». Sur le clip comme sur le site Internet ad hoc, on voit des clients de l’échoppe, filles et garçons, adolescents et vieillards, répéter gentiment «Mange du kebab, chiche ?» sans trop pouvoir faire la part des choses entre sincérité d’amateur et marketing viral rondement mené. En attendant une version anglaise, voire allemande, Lil’ a déjà traduit le tube en turc. Il en explique le succès par le fait que «le kebab, ça parle à tout le monde. C’est comme faire une chanson sur les chiens ou sur les voitures». Impossible de divulguer son vrai nom ou de parler de sa vie privée, qu’il souhaite protéger. A peine saura-t-on qu’il vit à Nanterre et s’en satisfait pleinement. Fils d’agriculteur kurde, il a arrêté l’école à 11 ans pour vendre des gâteaux dans les rues d’Aydin, dans l’ouest du pays. Avant de poursuivre une carrière dans le tourisme en tant que plongeur, serveur ou cuisinier dans des hôtels du littoral. Il y apprend «à rire et converser avec le client», suit des cours du soir d’anglais, travaille dur pendant la saison touristique et revient se reposer en famille, l’hiver venu. Tout cela aurait pu continuer longtemps, mais en 2004 il n’est plus là, il est à Paris. Et on ne saura ni pourquoi ni comment : «Départ d’amour», dit-il, évasif. «Vous pouvez écrire que je suis parti par amour pour la France, la culture française, tout ça.» Sa maison de disques en est au même point : «Il ne veut rien en dire. Le sujet est tabou.»

Mais, à voir ses mains trembler, on sent bien que l’exil fut douloureux et pas forcément consenti. Long silence. L’évocation du départ a du mal à passer, et c’est comme si d’un coup le masque du consensus se fendait net, et qu’un autre Lil’Maaz, plus franc, moins obséquieux, se tenait devant nous. «Je suis de condition modeste, mais je n’ai jamais autant souffert qu’à mon arrivée à Paris. Je ne connaissais personne, je ne parlais pas la langue. J’ai finalement trouvé un emploi de plongeur dans un bar, le Point éphémère. L’ambiance était bonne, mais les horaires durs et le salaire, maigre.» Alors, pour tromper le spleen, Lil’ fréquente le kebabiste de son quartier, entre deux cours à l’Alliance française. Il y discute des performances de son club de foot fétiche, Galatasaray, ou de son amour pour la chanteuse Selda Bagcan. Il y retrouve la langue, la cuisine, la musique de son pays, et bientôt un job, à la faveur d’un roulement d’effectif : le voilà kebabiste, 1 200 euros net par mois et des horaires «sympas» (12 heures-15 heures et 19 heures-23 heures). Dès lors, ce bonheur retrouvé, il le chante à pleins poumons, au patron, aux clients, louangeant le kebab comme on remercie une divinité, à s’en donner le tournis. On aurait aimé le rencontrer à ce moment-là, avant qu’il ne se fasse emballer par plus glouton que lui.

Lil’Maaz en 7 dates

1980

Naissance à Kurtalan (Turquie).

1991

Arrête l’école, vend des gâteaux dans la rue.

1995

Serveur dans un hôtel.

2004

Arrive en France.

2006

Kebabiste pour le restaurant Diyar, Paris XVIIIe.

Décembre 2006

Compose «Mange du kebab».

Eté 2007 Contrat avec le label EMI pour le single.

Par AURÉLIANO TONET
QUOTIDIEN : samedi 22 septembre 2007
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3 commentaires à L’homme-sandwich : Lil'Maaz est son hymne du kebab.

26 09 2007
anna :

le marketing est partout, mais je ne vois pas ce qu'il ya de mal quand ils 'agit de faire sortir de la misère et de l'ombre une personne qui a galéré sur le chemin de la dignité existentielle. je lui souhaite sincèrement de gagner de l'argent, parce que moi ce qui me préoccupe c'est qu'il soit effectivement "manipulé, "utilisé" par des fabricants de chair fraîche à exposer dans la vitrine cathodique!

et franchement pourvu qu'il continue de se taire sur sa vie privée!!!! (j'espère qu'il n'a tué personne hein!)

01 10 2007
Emre :

LOL Anna, ce que je me dis, c'est que le problème de ce vendeur de kebab, c'est qu'il est manipulé et qu'on veut nous faire croire qu'il a été un pauvre garçon qui inventé cette chanson tout seul alors qu'il y a une grosse majeur sur cette chanson. Si il avait suivi le mouvement musical industriel, cet article ne serait même pas sorti. Tu comprends le point de vue ?

11 01 2008
cigdem :

vayyy yilmaz helal olsun sana sende mi fransadasin demek sarkin coook guzel!

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